Le goût des livres
Il est un lieu à Paris que j’affectionne tout particulièrement et que je tiens à partager, en toute intimité avec vous :
En pénétrant dans ce lieu, tout amoureux des livres est emporté dans un carrousel des sens :
La vue : Lumière génialement insuffisante, rayonnage de bois surchargés d’ouvrages invitant tendrement à la découverte, alignements impeccables de volumes anciens, improbable amoncèlement de références introuvables.
L’odorat : Tout est ici parfum de cire de bois, senteur du cuir vieilli, effluve des papiers anciens.
L’ouïe : Un silence d’église ponctué par le craquement intermittent du parquet, le feuilletage mesuré d’un volume, les conseils avisés du maître des lieux.
Le toucher : On ose, après cette phase d’approche, laisser sa main fureter sur les rayonnages, on se saisit avec délicatesse d’un livre, presque au hasard, on l’ouvre, il craque imperceptiblement et l’on se laisse aller un doux moment à cet échange sensuel entre le livre et son acquéreur potentiel, préalable indispensable à la lecture.
Le goût : C’est le gout des choses pérennes, c’est le bon gout, celui du métier fait avec amour, à mille lieux des insipides Giga-méga-machins-trucs.
Mais je vous ai, à dessein, caché l’essentiel :
Ultime précision :
Un jour vous passerez, je l’espère devant le 51 rue Monsieur Le Prince, vous entrerez. Sur le seuil vous aurez une pensée pour Hrand Samuelian, grand lettré qui quitta Constantinople il y a bien longtemps pour fonder cette librairie, vous songerez à tous ces gens qui un jour durent quitter leur pays dans les larmes pour se reconstruire une vie. Vous vous laisserez emporter par le tourbillon des livres pour arrêter votre choix sur un titre. Vous le prendrez, le feuillèterez, peut-être irez vous jusqu’à demander un conseil éclairé. Vous paierez, vous sortirez, vous retrouverez la rue et là, vous saurez, que pour quelques euros, vous venez d’acheter bien plus qu’un livre.