Le goût des livres

Publié le par Burlington

Il est un lieu à Paris que j’affectionne tout particulièrement et que je tiens à partager, en toute intimité avec vous :

La librairie Samuelian, sise 51, rue Monsieur le Prince au quartier latin.

En pénétrant dans ce lieu, tout amoureux des livres est emporté dans un carrousel des sens :

La vue : Lumière génialement insuffisante, rayonnage de bois surchargés d’ouvrages invitant tendrement à la découverte, alignements impeccables de volumes anciens, improbable amoncèlement de références introuvables.

L’odorat : Tout est ici parfum de cire de bois, senteur du cuir vieilli, effluve des papiers anciens.

L’ouïe : Un silence d’église ponctué par le craquement intermittent du parquet, le feuilletage mesuré d’un volume, les conseils avisés du maître des lieux.

Le toucher : On ose, après cette phase d’approche, laisser sa main fureter sur les rayonnages, on se saisit avec délicatesse d’un livre, presque au hasard, on l’ouvre, il craque imperceptiblement et l’on se laisse aller un doux moment à cet échange sensuel entre le livre et son acquéreur potentiel, préalable indispensable à la lecture.

Le goût : C’est le gout des choses pérennes, c’est le bon gout, celui du métier fait avec amour, à mille lieux des insipides Giga-méga-machins-trucs.

 

Mais je vous ai, à dessein, caché l’essentiel : La librairie Samuelian est une librairie, que dis-je, est LA librairie orientale de Paris. Dans ses rayonnages tout l’Orient, celui qui fait rêver, celui qui raconte aventures, secrets, rites étranges, sagesse millénaire, culture ancestrale, celui avec lequel on est en amour.

 

Ultime précision : La librairie Samuelian est, comme son nom peut l’indiquer, LA librairie arménienne de Paris. Ici toute la diaspora arménienne est entrée. Ici toute l’Arménie, ici toutes ses douleurs, ici toute sa beauté, ici toute sa fierté, ici toute sa culture, ici tout son cœur, ici j’ai découvert la merveilleuse écriture arménienne, que l’on imagine à son tracé étrange recéler mille secrets et qui me fait toujours penser à une écriture d’elfes ou de magiciens et dont je ne veut surtout pas savoir plus, afin de toujours préserver cette magie.

 

Un jour vous passerez, je l’espère devant le 51 rue Monsieur Le Prince, vous entrerez. Sur le seuil vous aurez une pensée pour Hrand Samuelian, grand lettré qui quitta Constantinople il y a bien longtemps pour fonder cette librairie, vous songerez à tous ces gens qui un jour durent quitter leur pays dans les larmes pour se reconstruire une vie. Vous vous laisserez emporter par le tourbillon des livres pour arrêter votre choix sur un titre. Vous le prendrez, le feuillèterez, peut-être irez vous jusqu’à demander un conseil éclairé. Vous paierez, vous sortirez, vous retrouverez la rue et là, vous saurez, que pour quelques euros, vous venez d’acheter bien plus qu’un livre.

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Publié dans Visites

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G
Cela fait plusieurs fois que je lis ce si bel article et il fallait absolument que j'y ajoute un commentaire.Aujourd'hui, j'ai eu la chance de franchir pour la deuxième fois la porte de cette librairie, toujours avec la plus grande impatience. Le maître des lieux doit en avoir assez de mes questions... De plus, je doute que mon pauvre porte-feuille tienne le choc la prochaine fois que j'y retournerai !Je dois vous confier quelque chose : c'est à la fois avec hâte et avec crainte que je m'y rends. J'espère non seulement que la relève sera assurée lorsque le maître et la maîtresse des lieux ne seront plus de ce monde, mais je prie également pour que cette librairie garde le plus longtemps possible son authenticité originelle et toute son âme...Au plaisir de vous y rencontrer, un jour, par hasard,Guillaume, du Havre.
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