Le Fast food

Publié le par Burlington

Alors ça y’est, on a cédé à la juvénile pression, la tactique de l’itération permanente a fonctionné à merveille et, à peine la porte franchie, on regrette déjà sa gustative faiblesse.

On vient de pénétrer le temple de la malbouffe, on s’apprête à communier sous les deux espèces avec quelques millions d’adipeux convertis ou en devenir : Mangez, ceci abimera votre corps, buvez ceci polluera votre sang.

A peine franchi le seuil et ses couleurs criardes on est pris au nez par cette odeur de friture molle, cette médiocre effluve qui a pour dommage collatéral de retourner ce pauvre Parmentier quotidiennement dans sa dernière demeure.

Ensuite il faut sacrifier au bovin rituel de la masse d’attente, car ici, point de file régulière, juste un amas humain difforme, jouant des coudes et du pied pour atteindre la caisse avant son tour.

Après avoir été chahuté de toutes parts, après avoir perdu ses enfants une bonne douzaine de fois, on accède au comptoir. L’odeur de friture se fait plus présente, on distingue, en arrière plan quelques jeunes individus suants au dessus de feuilles de salades racornies, un manageur zélé donnant de la voix pour motiver sa triste troupe. Face à vous, une caissière affichant ostensiblement son manque (légitime, soit)  de motivation attends, légèrement impatiente, votre commande… Après moult tergiversations, décryptage complexe des menus maxi, super, hyper-super, après choix cornélien entre la peste et le choléra, après interrogatoire serré des mioches pour leur soutirer d’un façon définitive si ils préfèrent le poulet aux hormones, dissimulé sous la panure ou le burger graisseux, les frites froides ou les tranches de patates mal cuites… Pendant cette éternité, la caissière c’est quelque peu cramoisi mais elle prend de mauvaise grâce votre interminable commande. Comme pour vous faire payer votre indécision, vous attendez de longues minutes que vos quatre plateaux (comment vais-je réussir à les porter ?) se remplissent, pressé par la masse d’attente qui n’en veut plus d’attendre. Les plateaux remplis jusqu’au trop-plein, on paye une addition encore plus salée que les frites débordant de leur cornet.

Le cirque Barrios de passage dans votre ville ! Admirez ses clowns acrobates ! Les mains surchargées d’aliments douteux, ils vont tenter de guider des enfants surexcités au travers d’une foule hostile jusqu’à l’unique table vide !

Ouf, on est assis ! Sur la table l’odeur chlorée de la lingette grisâtre passée à la hâte; tant pis, nos papilles olfactives en verront d’autres, hélas. "Mon cadeau, donne moi mon cadeau !" Je l’avais oublié celui là, le cadeau imbécile, moche, fabriqué sans doute par de pauvres mains pré pubères qui viendra encombrer la chambre, sur lequel on glissera et qui, immanquablement finira soit à la poubelle, soit en cadeau à la prochaine kermesse (j’ai même vu des videurs de grenier de la pire espèce tenter d’en vendre au chaland hagard !).

On attaque épuisé ce semblant de repas… Première bonne surprise, ce n’est pas mauvais, non, mais à bien y réfléchir c’est pire, c’es insipide, non c’est pire, c’est absolument standardisé, une sorte de compression numérique du gout ou domine une vague sensation de comestible salé puis de comestible sucré. Mais le repas s’achève sur la plus optimiste des conclusions :

- Alors les enfants, vous êtes contents ?

- Bof, c’est meilleur à la maison… Dis maman c’est quand tu nous fait des courgettes farcies et des sablés à la cannelle ?

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O
Tu n'y va pas assez souvent! Essaye d'y aller une fois par semaine! Faut être persévérant ;) Il faut en essayer plusieurs, pour trouver le bon! J'ai de la chance, j'en ai un bon en bas de chez moi!<br /> Ha Ha... <br /> Bonne appétit
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B
C'est vrai, je reconnais, je n'y vais pas assez souvent... Si il n'y avait que des tristes sires de mon espèce ces braves commerçants mettraient la clé sous la porte et des centaines d'étudiants désargentés devraient péniblement trouver un autre employeur. Car, oui, l'ascenseur social fonctionne dans ce pays ! Un fils d'ouvrier peut réussir de brillantes études si il supporte de sentir le graillon et si il peut résister à des nuits de trois heures pendant plusieurs années. Décidemment je suis bien ingrat !