Ca va mieux en le disant

Publié le par Burlington

Il est presque minuit, le téléphone sonne :

-Bonsoir monsieur, c’est l’hôpital de Meaux, vous êtes bien le fils de Madame E ?

-Oui.

-Votre maman va très mal, ce serait bien si vous pouviez venir…

-Oui.


Ce coup de fil, je l’attendais, forcément, j’avais imaginé mille scénarios à cette scène de la vie ; il me restait à la vivre, sans réfléchir, juste la vivre.

Confier les enfants.

Prendre un taxi avec ma femme (l’amie des bons et des mauvais jours, promis un jour, je vous en parlerais) parce qu’on a pas de voiture.

45 minutes de taxi de nuit, la radio en fond sonore, peu de paroles, coup de fil à l’hôpital, prévenir de mon arrivée.

Monter dans le service dans le vide de la nuit.

-Bonsoir, je suis le fils de Madame E.

-Bonsoir, je suis son infirmière, c’est bien que vous soyez venu, je suis passé voir votre maman il y a dix minutes, je lui ai dit que vous arriviez.


J’entre dans la chambre et je sais, l’infirmière et l’aide-soignante savent aussi.

– silence –

-Je crois que c’est trop tard monsieur, voulez vous que nous vous laissions un moment.

-Oui, merci

Je suis dans la chambre avec ma femme qui est là (c'est-à-dire complètement là, sa présence silencieuse, son regard comme le meilleur des soutien).

Je suis face à la mort de celle qui m’a donné la vie ; face à la Mort, celle qu’on bannit ou qu’on théâtralise dans notre société ; je suis face à ma mère comme je l’étais deux jours avant mais elle ne me sourira plus jamais.

Je lui ai pris la main, je l’ai embrassé je lui ai dit adieu.

Ma femme lui a dit adieu, nous sommes restés là, quelques minutes en silence, nous sommes sortis de la chambre.

L’infirmière et l’aide-soignante nous ont offert à boire, gentiment, simplement.

-Qu’est-ce que je dois faire maintenant ?

L’infirmière pouvait répondre à la partie administrative de la question, pour le reste, c’était à moi de trouver les réponses.

Publié dans Humeur

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R
Bonjour,je viens de constater par hasard que tu avais repris ton blog en voyant un visiteur en provenance de chez toi.Rien à dire qui ne paraisse convenu, tes mots suffisent, peut-être te souhaiter courage et force devant cette épreuve.Amicalement,Richard
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A
Si j'avais su que je l'aimais autant
je l'aurai aimé davantage
Fréderi DARD
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A
Le meilleur commentaire dans ces situations est le silence...
il parle tellement mieux......
merci Laurent pour cette page d'amour si belle et si dépouillée que le coeur n'a pas assez de place pour la contenir et  laisse le trop plein s'écouler de ses yeux...
Alain ARMAND
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B
(...)
H
Je passais, car j'ai eu un visiteur qui venait de chez toi! Et puis voila, je tombe sur ton billet, et quel billet! J'aime, car c'est un beau billet tout en nuance et en non dit! Je n'ai pas pleuré pour la mort de mon père car je ne l'ai pas reconnu une fois mort! Je l'ai vu mourir a la maison devant moi! la substance qui était en lui, quand il était  vivant, avait disparu vingt minutes après quand les pompiers nous on rendu sa dépouille! Je n'ai pas pleuré cet inconnu devant moi car mon vrai père est toujours vivant dans mon coeur!
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B
Merci pour ton joli témoignage Henri.
T
Des mots simples et un texte riche en émotions qui m'ont fait monter les larmes aux yeux...amitiés pour toujoursRamos
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B
Je pense que tu as toujours mon mail pour reprendre contact ! En tous cas merci pour tes petits mots.