De guerre lasse

Publié le par Burlington

Suite aux commentaires d’Only Photo et au témoignage de Phoebe sur mon article des vies croisées, je vais me risquer au délicat exercice de l’article d’opinion et donner mon avis sur la guerre et le pacifisme.

Evacuons de suite les portes ouvertes et autres lieux communs pour chanteur à la mode : La guerre c’est mal, la guerre ça tue des gens, la guerre c’est moins bien que la paix, la guerre c’est les pauvres qui meurent pour les riches… Tout le monde, à quelques rares exceptions pathologiques, est d’accord. La ligne de front (si je puis me permettre…) ce situe, à mon avis entre la guerre, mal nécessaire et la guerre, plus jamais ça.

Tout d’abord, permettez moi de me raconter un peu (c’est pas tous les jours, c’est pas ce que je préfère). Ma mère travaillait dans un secteur "sensible" de la défense, j’ai servi plus longtemps que la moyenne dans ce qu’il est permis d’appeler (quand on veut frimer auprès des gonzesses) les "troupes d’élite" de l’armée française et je ne suis pas insensible à certaines valeurs militaires.

Ceci étant posé, je ne pense pas que l’on puisse me ranger dans la catégorie beatnik chevelu-larzaco-anarco-peace-and-love.


Il est du devoir de chacun, de combattre (en soi tout d’abord), le recours à la violence comme une solution acceptable. Une gifle à son enfant, un coup de boule après une insulte (toute ressemblance avec des faits…), une guerre sont toujours des défaites. Un homme ou une nation ne peut sortir grandi d’avoir eu recours à se type de comportement.

Pour moi, il est indispensable à notre espèce de tendre vers la non violence, vers la résolution positive des conflits. Je crois que c’est tout simplement une question de survie. Loin de moi l’idée de jeter demain toutes les armes au feu, c’est un travail de longue haleine, à commencer maintenant, un chemin à emprunter.

Les utopistes ne sont pas, à mon avis, dans le camp des pacifistes : Théodore Monod, Albert Jacquard ou même Gandhi pour ne citer qu’eux, sont plutôt des esprits bien faits et leurs convictions issues d’un raisonnement construit. Ceux qui pensent que le meurtre organisé, la destruction de la vie humaine et de son environnement puissent faire avancer une quelconque situation me semblent être, eux, bercés de "douces" illusions.

Ce qui m’effraie plus encore aujourd’hui c’est cette prolifération de la politique du "on cogne d’abord on cause ensuite", la négociation étant de moins en moins envisagé comme préalable et le recours aux armes comme dernière option.

Pour mémoire, lors d’une croisade, je ne sais plus laquelle, le pape avait émis une bulle interdisant l’emploi des arbalètes jugées trop meurtrières, et la bulle fut respectée. On est bien loin de nos résolutions onuesques et ubuesques.

Le prix le plus lourd à payer selon moi, et celui dont on parle le moins, est le prix psychologique d’une guerre, elle engendre un traumatisme collectif énorme, une sorte d’onde de choc aux répercutions difficilement quantifiables. Rappelons nous ce qu’a produit sur nous les images de deux avions jetés dans des gratte-ciels de l’autre côté de l’Atlantique et imaginons, juste un instant,  l’impact de bombardements quotidiens sur les populations qui les subissent, et l’héritage laissé aux générations suivantes.

Voilà bien modestement un résumé de ma pensée, loin de la clarté de mes inspirateurs littéraires et intellectuels dont je parle de temps en temps sur ce blog. J’espère ne pas avoir l’air d’un donneur de leçon, je suis en lutte permanente contre moi-même, en cours de pacification et c’est pas facile !


Pour conclure, une citation, pas d’un philosophe brillantissime, non une phrase sortie d’un film américain, American History X (que je vous conseille fortement). Pour ceux qui ne l’on pas vu, c’est l’histoire tragique de deux frères skinheads. A un moment du film, un des deux skinhead va prendre conscience de l’impasse dans laquelle il est engagé après le discours d’un de ses profs. Pas de leçon de morale, pas de "c’est mal d’être raciste-nazi-facho", rien de tout ça, juste une question : "Est-ce que ce que tu as fait t’as rendu heureux ?".

Publié dans Humeur

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O
Merci de ce joli texte, Monsieur! Du coup, vous me coupez le sifflet ;)
Je vais reprendre la toute derniere phrase de ton billet, tiré du film:" Est-ce que tu as fais t'as rendu heureux" Et qui résume bien ce que je pense! Je crois que l'on ne peut pas faire autrement qu'exprimer ce que nous sommes! Il est facile d'avoir de belles idées, histoire de flatter notre égo, à nos yeux, et aux yeux des autres! "Je suis un humaniste" "ou bien je suis un pacifiste" "ou bien je suis contre la faim dans le monde" Mais dans la réalité, tres peu d'entre nous, sur cette terre, sont en mesure d'avoir un comportement exemplaire par  rapport avec ces "belles idées",  mais vides de sens! Car nous sommes des êtres instinctif, et l'instinct ne se commande pas! Donc il ne nous reste plus qu'a vivre ces instincts et ensuite seulement de réfléchir et de se poser la fameuse question: Est-ce que tu as fais... Et ça va demander quelques milliers d'années! Les quelques rares personnes qui sont nettoyé de ce coté là, pour ce que j'en sais, car j'en ai rencontré une dans ma vie, acceptent les autres, comme ils sont! Donc, ne jugent pas, ne militent pas, n'imposent pas une idéologie, "que la mienne, elle est mieux que l'autre", ni un dieu, "que le mien, il est mieux, que celui d'en face"! Ils aiment vraiment les autres,point barre! Je le sais, j'ai été touché par cet amour, et il m'en restera quelque chose jusqu'a la fin de mes jours! C'est pourquoi, moi depuis longtemps, je n'accepte plus aucune idéologie, aucune religion,ni aucune leçon de morale politique! Je m'efforce d'être moi même le plus souvent possible, pour ensuite tenter de comprendre, ce qui me rends heureux,et ce qui ne me rends pas heureux, par rapport au comportement que j'ai eu! Voilou, j'espère que je n'ai pas saoulé tout le monde ;)
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B
Grand merci de ta réponse,ton commentaire m'a fait penser à cette citation (j'aime bien les citations...) de Léo Ferré : L'emmerdant avec la morale c'est que c'est toujours la morale des autres". Sinon pas saoulé du tout, je vais même peut-être prendre goût au "débat-d'idée-blogging".