Des vies croisées

Publié le par Burlington

Aujourd’hui je pense à deux enfants que j’ai connu en colonie de vacances il y a fort longtemps, ils étaient frère et sœur et avec eux, pour la première fois de ma vie j’ai entendu parler de la guerre. Je me souviens que le garçon avait dans sa valise une balle de fusil mitrailleur qu’il nous montrait en cachette des moniteurs, je me souviens aussi que nous étions envieux de lui qui avait vécu tant d’aventures. Je ne me souviens pas de leurs noms ni comment ils s’étaient retrouvé au milieu de nous, je me souviens juste de leur pays dont j'entendais parler pour la première fois, le Liban.

 

Aujourd’hui je pense à un camarade de régiment, j’ai aussi oublié son nom, je n’ai fait que le croiser. Alors que j’intégrais ma compagnie, je me suis retrouvé voisin de lit de cet alsacien taillé comme un bucheron. Au milieu de chaque nuit il se réveillait en hurlant, trempé de sueur. Peu de temps après mon arrivée, il a quitté le régiment, je ne sais pas ce qu’il est devenu mais on m’a raconté son histoire : Il est tôt, avant de laisser ses camarades et rejoindre son poste, il boit un café, raconte quelques blagues. Il sort, fait une centaine de mètres, soudain il entend une énorme déflagration derrière lui, il se retourne, l’immeuble qu’il a quitté quelques minutes auparavant vient d’être soufflé par une explosion. Hagard il se précipite vers les ruines fumantes pour tenter de sauver ses copains, en vain. C’était le bâtiment Drakkar, à Beyrouth, le matin du 23 octobre 1983.

 

Aujourd’hui je pense à eux, je pense au Liban. Putain, c’est con la guerre !

Publié dans Humeur

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O
Désolé d'avoir mis le dawa dans ton article ;) mais un billet réveille  des réflexions de la part de ses lecteurs, et pas forcement dans le même état d'esprit  que celui qui l'a écris!
Bonne fin de journée
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B
Bien reçu ! Je vais me mettre au travail sur cet article, promis !
P
Mon commentaire précédent n'avait pas été fait dans le but de rééquilibrer ton article. Il s'agissait, juste comme toi, d'une exclamation venant des tripes, nourrie de ma seule expérience directe... faite de l'autre côté de la frontière.
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B
C'est bien comme ça que je l'avais compris, merci.
P
Je repense là en te lisant à l'été 95, aux nuits dans les abris anti-bombes du kibbutz où j'étais volontaire. Au sentiment d'absurdité qui m'habitait et continue à m'habiter 11 ans plus tard.Oui, putain, c'est con la guerre.
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B
Merci Phoebe, tu rééquilibre mon article. Je n'aurais pas voulu que des esprits chagrins pensent que je ne voyais des victimes que d'un côté de la frontière. La guerre c'est con partout.
O
"putain c'est con la guerre"
Certainement, mais c'est l'expression de ce que nous sommes, pas plus pas moins! Et ce n'est pas en détruisant les armes, que nous deviendrons comme par miracle, blanc immaculé comme neige, contrairement à ce que peuvent nous faire croire, les pseudos pacifistes de circonstance, mais vrais gaucho coco! On le deviendra, pacifistes, avec le temps et l'expérience! Après tout l'homo sapiens est apparu, il n'y a que 100 000 ans, et  en europe, il y a seulement 40 000 ans, il me semble! C'est très peu sur l'échelle du temps de notre terre!
 
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B
Ouh là ! Je me lancerais bien dans une grande explication sur ma vision du pacifisme, de la violence et tout et tout mais pas maintenant... Peut-être un article bientôt. Mon exclamation en était une, pas une réflexion, juste un truc qui vient des tripes, une vilaine impression de gachis, c'est tout. Et des souvenirs.