Le chercheur d'absolu

Publié le par Burlington

Le Sahara s'en souvient encore... Un petit bonhomme avec une petite barbiche et un petit bonnet sur la tête. Théodore Monod, Naturaliste avec plein de titres honorifiques dont il se contrefoutait et une tête sacrément bien faite sous le petit bonnet.


Naturaliste

Théodore Monod fut, sans doute, le dernier des naturalistes ; c'est-à-dire le dernier scientifique ayant une vision globale sur une région du monde, s'intéressant à la flore, à la faune et aux petits cailloux. Il collectait avec frénésie et respect des échantillons de toutes ces choses dont la nature recèle, non pour accumuler mais pour comprendre, comprendre pour mieux défendre, pour mieux aimer. Son terrain de jeu favori fut le désert saharien où il démontrât aux mauvaises langues que le désert est tout sauf vide.

Humaniste

Consacrant sa carrière aux bestioles, plantes et autres gravillons le professeur Monod centra sa vie sur l'humain, l'humain connecté au monde et à lui-même, l'humain dépendant de ce monde, l'humain trop souvent déconnecté de lui-même. Il n'eut de cesse de défendre le  vivant sous toutes ses formes. Dans cette logique, il fut pacifiste, anti-nucléaire, écologiste, végétarien... On peut (comme moi) ne pas adhérer à tous ses combats mais force est de reconnaître qu'il les mena tous avec grande conviction et grande intelligence.

Croyant

Théodore Monod est né dans une famille de pasteurs protestants. Sa foi le guida toute sa vie, elle fut son fil rouge. Sa foi fut des plus belles : ouverture aux autres, réflexion, mise en perspective, nourrie de son expérience scientifique (pas le contraire). Sa logique, si tant est qu'il y est une logique quand on parle de religion était la suivante, en deux citations : Restons ou le destin nous a placés. Si j'étais né au Tibet je serai moine dans une lamaserie. Mais je ne vais pas faire semblant d'être tibétain, je ne le suis pas. Ce qui ne m'empêche pas de respecter énormément ce peuple pou sa foi et son courage. Et : Je considère qu'il existe une montagne unique, que nous gravissons les uns et les autres par des sentiers, avec l'espoir de nous retrouver un jour au sommet, dans la lumière, au dessus des nuages.

Amoureux de l'Afrique

Pour arpenter toute sa vie, dans des conditions extrêmes, le désert africain, il faut forcément une bonne dose d'amour pour ce continent, Monod en avait à revendre. Il avait bien entendu un amour très grand pour les peuples africains, un respect immense pour les nomades du désert dont il louait sans cesse la simplicité de vie et l'extraordinaire adaptation à un milieu dit hostile.

Il fut également directeur de l'Institut Français d'Afrique Noire qu'il rebâtit de toute pièce et porta de longues années sur ses épaules.

Trois noms pour résumer son lien unique avec la pensée africaine :

Amadou Hampâté Bâ : Génial auteur malien que je ne peux que vous inviter à lire (J'en profite pour rendre hommage ici à Sékou qui me fit découvrir le vieil Hampâté comme il disait, car hélas il ne dit plus). Ils furent de très grands amis, Théodore disait d'Amadou : Il était musulman et j'étais chrétien, mais nos convictions religieuses convergeaient vers la même direction.

Louis Massignon : Grand islamologue, scientifique, mystique, grand ami de Monod également. Théodore disait de Louis : Il aura été l'héroïque champion des causes justes et impopulaires - vous excuserez le pléonasme -, l'ami de toutes les victimes de la violence, de tous les meurtris, de tous les spoliés. Et aussi : Louis Massignon, le cheikh admirable, était la compassion incarnée, mais, comme Saint François, il n'a guère de disciples.

Tierno Bokar : Cheikh de la confrérie soufi Tidjaniya au Mali, grand mystique musulman et universel. Il fut le lien entre Monod, Massignon et Bâ. Je vous conseille de lire  : Vie et enseignement de Tierno Bokar par Amadou Hampâté Bâ.

Le chapitre fut un peu long mais il me semble important de rendre hommage à ses hommes qui furent sans démagogie aucune sur le terrain de contact entre christianisme et islam, dans des attitudes bien lointaines de celles dont nous abreuvent les actualités.

Un être humain

Voilà pour conclure ce qui, à mon sens, résume le mieux Théodore Monod, Etre Humain, dans la plus noble acception du terme. Un homme pensant et marchant, pensant sa place dans le monde, dans l'univers ; marchant car l'homme est un animal qui de toute éternité à marché pour vivre, pour survivre, pour rassasier son incroyable curiosité. Là est l'histoire de l'Humanité, là est l'histoire de cet Homme.

Publié dans Portraits

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P
Il a une belle tête ,il ressemble d'ailleurs a l'Abbé Pierre sur cette photo.
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B
Il a surtout ce formidable regard habité, si rare de nos jours (surtout à la télé aux heures de grande écoute...).
K
j'invite ceux qui ne connaissent pas la chanson de Souchon "la vie théodoe" à écouter ce bel hommage à ce grand homme !
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B
Bien que je ne sois pas super fan de Souchon, je vais écouter ça ! Merci du tuyau.
M
Il fait parti de ces hommes que j'admire pour leur sagesse et leur tolérence... comme Jacquard, Serre, Levy Strauss...bises
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B
C'est vrai que ta liste n'est pas mal du tout.